Anxiété de séparation : mieux la comprendre pour mieux la traiter


Blog, Comportement / vendredi, novembre 9th, 2018

L’anxiété de séparation est l’un des problèmes comportementaux les plus signalés par les propriétaires de chiens. Des comportements tels que la destruction et des aboiements constants rendent le quotidien très difficile, voir cauchemardesque. Si le diagnostique est souvent vite fait, les causes réelles de ces comportements et les solutions proposées ne sont pas toujours claires, ce qui rend ce problème compliqué à résoudre. Notamment pour les gardiens peu expérimentés ou avec peu de connaissances.


L’anxiété de séparation : des causes variées

Anxiété de séparation ou intolérance à la solitude ?

On labellise fréquemment les problèmes liés à l’absence du maître comme “anxiété de séparation”. Précisément, c’est une détresse émotionnelle ressentie par un animal lorsqu’il se retrouve seul. Elle a deux formes :

1. Elle peut se manifester lorsque une figure d’attachement est inaccessible ou hors champs de vision – parfois, la personne est dans une autre pièce de la maison. Les comportements ne s’arrêtent pas tant que la personne n’est pas revenue, et même si une autre personne est présente. C’est de l’anxiété liée à la séparation.

2. Le chien ne présente pas ces comportements quand une autre personne (même inconnue) est présente. Le problème vient donc principalement d’une intolérance à la solitude. Ces chiens-là peuvent être laissés en pension de jour, avec des membres de la famille ou un ‘pet-sitter’. La présence d’un autre animal peut aider, mais il semblerait que pour beaucoup, c’est la présence humaine qui est recherchée.

Les causes possibles
Pas d’apprentissage de la solitude

Cet apprentissage n’a pas été effectué – soit parce que la mère n’a pas eu le temps de l’apprendre au chiot, soit parce que les gardiens ne l’ont pas complété. Par exemple, si le gardien était présent en continu durant les premiers mois de sa vie. Cet apprentissage doit être similaire à celui que nous faisons avec les enfants. Les premières séparations surviennent lorsqu’ils vont à l’école, la crèche ou chez la nourrice. Elles sont de plus en plus longues, jusqu’à ce que l’enfant puisse être séparé de ses parents toute une journée.

L’hyper-attachement

Ce terme a une connotation péjorative pour de nombreuses personnes qui considèrent qu’un animal ne peut pas être ‘trop attaché’ à une personne. Cela dit, il met l’accent sur les conséquences indésirables de leur relation, qui se traduisent par une incapacité d’être indépendant. L’animal souffre parce qu’il n’a pas appris à apprécier les moments qu’il passe sans cette personne et/ou il ressent une forme d’insécurité lorsqu’elle n’est pas présente. Généralement, l’apprentissage de la solitude n’a pas été effectué. 

La frustration

Elle peut avoir des réponses comportementales similaires à celles que déclenche la peur. C’est un facteur de détresse de séparation qui est souvent avancé par les spécialistes pour expliquer ces comportements. La frustration apparaît lorsque le chien n’a pas accès à une ressource ou quand un évènement très positif cesse. C’est une émotion qui est normale, car elle améliore les chances de survie en poussant l’animal à se rapprocher de ce qui lui fait du bien ou répond à ses besoins.
Lorsque le gardien du chien s’éloigne, il emmène avec lui des ressources de grande valeur : la nourriture, l’attention, le jeu, les caresses, les sorties. Le chien ressent le besoin de se réunir avec lui, ce qui fait apparaître des comportements problématiques.
L’aboiement est très souvent une cause de frustration alors que les pleurs sont plutôt liés à la peur.

La recherche d’attention

Les chiens apprenent vite et bien à avoir notre attention. Cet apprentissage peut beaucoup influencer l’expression de certains comportements, lors de l’absence du gardien. Pour avoir cette attention, certains chiens collent leur gardien, aboient, font des “bêtises” (detruisent, attrapent des objets personnels …), grattent aux portes, grognent … Etc. Il nous est très difficile de ne pas répondre à ces comportements et même nos réprimandes sont une victoire pour nos chiens. Quelle que soit notre réponse, elle motive le chien à recommencer dès qu’il veut interagir avec nous. Exemple : le chien aboie pendant 10 minutes > nous en avons marre et crions “stop, vas dans ton panier” > il apprend qu’aboyer pendant 10 minutes attire votre attention. 

Lorsque les gardiens s’absentent, beaucoup de chiens vont chercher à les faire revenir en exprimant les comportements qui marchent. Des chiens peuvent donc aboyer des heures durant, pensant que le gardien finira bien par revenir pour lui dire “non !”. Il suffit que le gardien rentre au moment où le chien aboie et le comportement est super récompensé !

La peur

La peur est la version plus sévère de la détresse ressentie lors des séparations. Elle provoque généralement des comportements intenses et impacte sévèrement le bien-être du chien. Les chiens peureux sont très susceptibles de faire de l’anxiété de séparation. La peur peut-être provoquée par la solitude, mais aussi par des stimuli extérieurs tels que des sons, des jeux de lumière, des ondes. Ces chiens réagissent généralement plus intensément à ces stimuli quand les maîtres sont absents. Ils cherchent du réconfort quand le gardien est présent et les sons sont souvent masqués par ceux produits par la vie dans le foyer (télévision, radio, personnes qui parlent, objets ménagers … etc).

L’ennui

L’ennui peut générer des comportements problématiques comme la destruction et empirer l’anxiété en général. Cela dit, ce sont des comportements que le chien peut avoir quand son gardien est présent. Si un chien détruit par ennui, il le fera également à d’autres moments.
Passer toute une journée, seul sans occupations, peut clairement empirer ce genre de comportements. Imaginez vous passer des journées de 8 heures, seul dans une pièce vide. Un jouet n’est pas suffisant, vous ne seriez pas satisfait si vous aviez pour seule distraction un Rubik’s Cube.
Si en plus, le chien a toutes les ressources qu’il souhaite quand le maître est présent, l’important contraste entre ces deux situations peut générer de l’anxiété de séparation.

Un cocktail de causes

Les comportements d’anxiété de séparation ne sont pas forcément influencés par un seul facteur. Dans certains cas, les causes peuvent être multiples. Par exemple : un chien peureux, qui n’a pas appris à aimer la solitude et qui est sous-stimulé est un cocktail parfait pour développer de l’anxiété de séparation. La détresse ressentie peut aussi être exacerbée par le silence, le manque de réconfort et une anxiété généralisée.


Les Solutions
 

Si rien n’est fait pour traiter ce problème, même s’il est mineur, la détresse s’empirera et la réponse comportementale sera de plus en plus problématique. Bien identifier les causes de ces comportements nous permettra d’améliorer la situation. Généralement, les solutions impliqueront la désensibilisation systématique, afin d’apprendre aux chiens à accepter la solitude. Il vaut mieux se faire aider par un professionnel pour bien comprendre les protocoles. En parallèle, il y aura un travail de fond impliquant :

L’amélioration de son bien-être

Une anxiété de séparation (l’anxiété en général) ne pourra pas être traitée si on ne rééquilibre pas l’état émotionnel de l’animal. En effet, la détresse ressentie lors des absences ne fait que s’accumuler. Particulièrement si ces évènements se produisent tous les jours (le gardien travaille). On considère qu’il faut à peu près 5 jours pour que les paramètres physiologiques liés au stress redescendent à un niveau normal. Ces évènements s’empilent, sans jamais laisser au chien l’opportunité de se détendre totalement. Il faut donc l’aider à se détendre le plus possible :

  • Un traitement médicamenteux est recommandé pour les cas les plus sévères. Il y a aujourd’hui des traitements très efficaces qui ont aidé de nombreux chiens. Dans les cas les moins sévères, on peut se tourner vers les médecines douces (ex: phéromones apaisantes, phytothérapie, compléments alimentaires, fleurs de Bach).
  • Les stimulations mentales et physiques sont aussi de très bonnes thérapies. Un chien bien stimulé, est un chien qui se sent mieux dans ses pattes ! Pensez à lui laisser un maximum de jeux d’occupation et si possible, faites-lui faire une grande promenade avant chaque absence. Lorsque vous avez du temps libre, consacrez-en pour ses dépenses énergétiques en faisant du sport, des activités canines (ex: agility) ou de longues promenades.
  • On recommande souvent d’éviter les séparations dans la première phase du traitement. Par exemple, en faisant apple à un pet-sitter, en confiant l’animal à sa famille ou à une garde de jour – vivement recommandé pour les cas sévères.

Des interactions positives

Les conflits relationnels affectent les chiens bien plus qu’on peut l’imaginer. Beaucoup de gardiens sont durs avec leur chien sous prétexte qu’il lui faut “un cadre”. Un chien a besoin de structure, de prédictibilité et de constance, mais on peut lui offrir tout cela avec douceur.
Il faut donc cesser toutes réprimandes (même le “Non ferme”, comme j’entends souvent). Si votre chien fait quelque chose qui ne vous plaît pas, ignorez-le, réorientez-le sur autre chose, ou au mieux : apprenez-lui à faire autre chose à la place. Utilisez des récompenses, faites de vos interactions des moments positifs et soyez patients. Le chien ne comprend pas notre langage, il ne sait pas différencier ce qui est convenable de faire ou non, à moins que nous lui apprenions. Sans apprentissage, vos réprimandes sont incohérentes et anxiogènes.

La gestion de l’environnement

Y a-t-il lors de vos absences quelque chose chez vous qui rassure votre chien, lui permet de se défouler ou lui procure du plaisir ?
Y a-t-il des sons, des lumières, un passage devant une fenêtre, qui peuvent lui faire peur ? Au contraire, a t-il un endroit où il se sent en sécurité, ou il n’est pas stimulé par des facteurs extérieurs ? Lui laissez-vous la radio allumée ?
Posez-vous toutes ces questions et essayer d’y répondre au mieux.
– Laisser une radio calme (type classique ou culture) peut masquer des sons extérieurs qui le font réagir.
– Bloquer la visibilité des fenêtres peut également réduire ces facteurs stimulants qui peuvent l’enerver. Beaucoup de chiens se lèvent pour regarder à la fenêtre dès qu’ils entendent quelque chose et beaucoup vont aboyer.
– Lui proposer un coin pour se cacher peut l’aider dans les moments ou la détresse est intense. 

Équilibrer le contraste entre présence et absence

Si votre chien a tout ce qui lui fait plaisir quand vous êtes présent et rien quand vous êtes absent, sa détresse est compréhensible. Il faut rééquilibrer cela au maximum. Voici des idées pour réduire ce contraste :

  • Laissez-lui des occupations : Kongs® fourrés avec du fromage type kiri ou avec des croquettes humidifiées (congelez le Kong® pour un effet longue durée), des boites en carton bien fermées avec des friandises à l’intérieur, des os à macher, des jeux interactifs, des croquettes éparpillées et cachées dans la maison, des tapis de léchage.
  • Brisez le silence : Laissez lui des radios calmes, des bruits blancs (sons constants et monotones) qui aident beaucoup les chiens nerveux, enregistrez vous en train de lire un livre (10 minutes) et diffusez ce son en boucle.
  • N’accordez pas toujours de l’attention à votre chien. De temps en temps, lorsqu’il cherche votre attention, ignorez-le et prenez de la distance. Cela dit, il est important de ne pas totalement ignorer votre chien comme certains pourraient le recommander.
  • Parfois, mettez des barrières entre vous et votre chien (des barrières bébé, fermez les portes), même si ce n’est que quelques secondes. Si c’est vraiment trop difficile, faites-le quand il est occupé à faire quelque chose (ex : donnez lui un Kong fourré).
  • Banalisez les départs et les retours. Ne faites pas toute une histoire, sortez et rentrez calmement, sans ignorer votre chien. Parlez-lui doucement, sans lui donner trop d’attention. Faire de faux départs le plus souvent possible peut aider à les banaliser : faites semblant de sortir, ou sortez quelques secondes, puis quelques minutes.

En conclusion 

Lorsqu’on y regarde de plus près, se séparer de ses proches est un grand facteur de stress chez les espèces sociales, comme le chien et l’homme. Nous formons des relations interdépendantes avec des liens forts. Pour un chien qui n’a pas clairement conscience des évènements qui se produisent dans sa vie, ces situations peuvent créer un fort sentiment d’insécurité. Leur incapacité de rationaliser ces faits les empêche de trouver du réconfort, sauf si nous intervenons pour leur en donner.


RESSOURCES
Vidéo : 15 heures de musique de relaxation sur YouTube

Vidéo : Plusieurs heures de bruits blancs sur YouTube
Article Mon chien fait-il de l’anxiété de séparation ?

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