LE CHIEN QUI FAIT DES CHOIX (3/3)


Actualités scientifiques, réflexions, idées, Relation homme-animal / jeudi, mai 6th, 2021

Article 3: En pratique…


Dans le premier article de cette série, nous avons questionné les choix que nous proposons à nos compagnons et nous avons vu qu’il n’est pas facile de déterminer ce qu’est le choix. Un second article, plus technique, vous permettait de mieux comprendre les mécanismes du choix.


Choix libre et choix forcé

Nous pensons souvent que donner le choix signifie que le chien peut décider de refuser ce que nous lui proposons. Par exemple, il peut choisir de faire un entraînement ou de ne pas le faire en s’éloignant. On en parle également très souvent dans l’éducation dite “traditionnelle” lorsqu’on utilise des outils désagréables ou douloureux : « oui, mais le chien fait le choix entre continuer son comportement problématique (et subir l’objet) ou se comporter d’une autre manière (se libérer de l’objet) ». C’est le choix du moins pire, un choix forcé, qui permet à un animal de ‘refuser’, de ne pas subir ou de s’éloigner – et oui, c’est déjà pas mal.

Un vrai choix libre, implique de proposer à l’animal de choisir entre minimum deux options qui répondent à une motivation. Par exemple, le chien veut s’occuper, alors, il a le choix entre plusieurs activités disponibles en fonction de ses besoins et de ses préférences.

À mon avis, nous devrions plutôt nous focaliser sur les préférences, car la majorité des choix qu’ont nos animaux, qu’ils soient forcés ou non, sont dépendants de nos propres choix. On peut plus facilement améliorer le bien-être du chien en sélectionnant ce qui lui convient le mieux dans ses activités quotidiennes.


Comment identifier ses préférences ?

➡️ Bien connaître notre chien est essentiel. Savoir ce qu’il aime faire dans différents contextes et connaître sa personnalité nous permet de pouvoir mieux identifier ses préférences. Par exemple, si votre chien est “timide”, il est fort probable qu’il préfère rester à distance de ses congénères en promenade, plutôt que de les rencontrer. Dans ce cas, vous pouvez lui proposer de s’éloigner des autres, de le suivre s’il préfère éviter des animaux ou personnes, d’aller dans des endroits peu fréquentés ou des endroits où vous avez la possibilité de vous éloigner des autres facilement.

➡️ Pour bien le connaître, il faut bien l’observer. C’est important, car le langage corporel du chien est expressif et on peut apprendre à déceler ce que le chien considère comme étant aversif ou appétif. Comprendre le langage du chien, se former et apprendre, permet de mieux lire ces signaux et expressions.

➡️ On peut tester, lui proposer de faire plein d’activités, de goûter différentes nourritures, d’essayer différents couchages, différents jeux, etc. Sa préférence est claire quand il s’oriente et interagit souvent avec quelque chose.

➡️ Lui proposer plusieurs possibilités dans une situation. Vous étiez nombreux à indiquer que vous proposez à votre chien de choisir la direction où aller en promenade, vous lui proposez différents jeux d’occupations à la fois, plusieurs couchages différents et l’accès à plusieurs pièces dans la maison. Si votre chien perçoit ces différentes possibilités, vous verrez bien ce qu’il préfère faire.

➡️ Le laisser s’exprimer et le renforcer quand c’est le cas. Par exemple, un chien peut exprimer son envie de sortir en se plaçant devant une porte, son envie d’interagir en donnant des coups de museau, de ne pas aller se promener en refusant de bouger de son couchage. Le plus ces indications sont renforcées (nous lui donnons accès à ce qu’il souhaite) le plus il exprimera ses préférences.


Les choix libres

Vous l’aurez compris, il est important de questionner la nature des choix que nous offrons à nos animaux et de veiller à ce qu’une partie de ces choix soient libres – dans la mesure du possible. Ces choix libres reposent sur la possibilité de choisir entre deux options désirables, qui répondent à la motivation du chien dans un moment donné.

➡️ S’il souhaite se reposer, il peut choisir parmi plusieurs pièces, types de couchage, le silence ou la musique, etc.

➡️ Quand il accepte de s’entraîner, qu’il semble motivé (notamment, parce qu’on lui propose de rester ou partir), il peut choisir parmi différents types d’entraînements, différents comportements, etc.

➡️ Par exemple, si on l’entraîne à se contrôler face à des distractions, on peut capturer et renforcer un comportement qui s’exprime naturellement et qui s’approche de notre critère (ex; on veut qu’il ne bouge pas), plutôt que de lui demander de s’asseoir ou se coucher.

➡️ Le ‘shaping’ peut-être une bonne façon de proposer des choix dans l’entrainement ; le chien exprime divers comportements de son choix et nous renforçons ceux qui sont les plus similaires au comportement que nous avons en tête pour nous approcher graduellement du critère final. Nous ne le forçons pas à faire quelque chose en le leurrant ou en le manipulant physiquement.

➡️ Capturer des comportements est une autre façon d’entraîner son animal au quotidien ; on renforce les comportements que le chien exprime naturellement et qui nous plaisent pour les rendre plus fréquents sur le temps.

Cependant, on se fait des illusions en pensant que le choix dans l’entraînement du chien peut être totalement libre. L’entrainement/l’éducation d’un chien limite ses choix de manière générale ; nous décidons des critères, des techniques, de ce que le chien doit exprimer ou ne pas exprimer, de ce qu’il doit faire dans tel ou tel contexte, nous renforçons ce qui est désirable, nous cherchons à réduire la fréquence de certains comportements (souvent des comportements naturels), etc.


Le conflit de motivation

Un dernier point important : prenez également en compte les possibles conflits de motivation. Par exemple, votre chien souhaite se reposer, mais il souhaite aussi être près de vous. Ce sont deux motivations qui peuvent causer un conflit dans la capacité de choix ; pouvons-nous les identifier ?

Pour vous donner un exemple, j’ai un petit pot de colle du nom de Snowee. Il préfère généralement se reposer dans la pièce où je me trouve, plutôt que d’être seul. Si je m’installe dans une pièce pour faire quelque chose, la porte est ouverte (il peut aller ailleurs) et il y a plusieurs couchages parmi lesquels choisir. Je sais qu’il aime être en hauteur, donc je vais privilégier une pièce où il peut s’installer sur un fauteuil, un lit ou un canapé. Je connais ses préférences, ce qui me permet d’identifier les possibles conflits de motivation.

Cela nous permet d’améliorer encore un peu plus l’aspect qualitatif de ces choix. Bien que je reste convaincue que la majorité des choix que nous proposons à nos compagnons sont des choix forcés ; car le mode de vie que nous imposons est globalement restrictif.

 

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