DOMINANCE ET HIÉRARCHIE CHEZ LE CHIEN


Actualités scientifiques, réflexions, idées, Éthologie canine / mardi, mai 22nd, 2018

Parmi les méthodes proposées en éducation canine, il y a celle qui se base sur le rééquilibrage du rapport hiérarchique entre l’homme et le chien. Elle divise le milieu, entre ceux qui appliquent ces méthodes depuis des années, et ceux qui la rejettent pour se focaliser sur d’autres méthodes comme celle de l’éducation positive. Les deux méthodes étant basées sur des théories scientifiques, pourquoi y a t’il tant de division et comment démêler le vrai du faux?

L’origine de la théorie de la dominance 

À partir des années 1940, des éthologues se sont interessés au comportement du loup. Observer des loups dans leur milieu naturel, souvent sur un territoire immense, était quasiment impossible. Ils ont donc étudié des loups dans des milieux artificiels; vivant en captivité, vivant dans des meutes constituées par des hommes ou dans des parcs nationaux dont le territoire est limité. Ils en sont venus à une conclusion majeure: les loups vivent dans un groupe déterminé par un système hiérarchique linéaire. Ils sont dirigés par un couple dominant (aussi appelé les alphas) qui sont les seuls membres de la meute à se reproduire. Les autres individus doivent se soumettre aux décisions du couple s’ils veulent éviter les conflits. Il est même expliqué que parfois, si un challengeur tente de prendre la place du dominant, le conflit peut être fatal. L’idée qu’une hiérarchie linéaire existe chez le chien provient de ces observations: le modèle social du chien doit être similaire à celui de son proche cousin (les loups actuels ne sont pas les ancêtres du chien domestique).

Suite aux découvertes de l’époque, on a considéré que les chiens domestiques avaient besoin de cette structure hiérarchique dans leur vie sociale. Sans cela, il pouvaient développer des comportements problématiques, particulièrement de l’agressivité. Par exemple, un chien qui grognait lorsqu’on approchait sa gamelle cherchait à être le dominant. L’idée étant que le chef de meute mange en premier et entre en conflit avec ceux qui s’approchent de sa nourriture.

Les méthodes d’éducation visaient donc à restructurer la vie sociale du chien en faisant du maître le chef de la meute. Un chien ne devait pas dormir en hauteur, passer le pas de la porte avant le maître, ni même manger avant lui. Ces méthodes impliquent des démonstrations de force pour “soumettre” le chien.

L’évolution des connaissances en éthologie (un chien n’est pas un loup, un loup n’est pas un chien)

Les méthodes utilisées pour observer les animaux dans leur environnement naturel ont évoluées, notamment grâce à de nouveaux outils technologiques. Les observations de meutes sauvages ont montrées un tableau différent: les meutes de loups sont constituées de deux parents et leur progéniture. Les jeunes loups restent avec la meute quelques années, jusqu’à ce qu’ils aillent former leur propre famille sur un autre territoire. Les parents sont des guides et les seuls reproducteurs, comme dans les familles humaines.

Tous les membres de la meute coopèrent et s’entraident dans le but de maximiser les chances de survie, particulièrement lorsqu’il y a des louveteaux à protéger et nourrir. Il y a très peu de conflits car une blessure pourrait mettre la meute en danger. Les études précédentes impliquaient l’observation d’animaux ne vivant pas dans des conditions naturelles, subissant beaucoup de stress dû à la promiscuité et montrant beaucoup d’agressivité. Les découvertes les plus récentes ont totalement remis en cause la théorie du système de dominance sociale chez les deux espèces.

Suite à cela, des scientifiques et de nombreux professionnels du milieu de l’éducation canine ont commencé à questionner l’utilisation des méthodes d’éducation basées sur cette théorie, désormais erronée. Ils ont cherché à mieux comprendre les mécanismes d’apprentissage du chien et leurs comportements. Ils ont également observé des chiens domestiques vivant sans restriction de la part de l’homme (les chiens des rues et chiens féraux), afin de mieux comprendre leur système social. D’ailleurs, les comportements sociaux des chiens des rues sont bien différents de ceux des loups. Par exemple, les mères élèvent leurs petits seules, sans l’aide du mâle.

De plus, ce sont deux espèces distinctes. Tout comme l’homme diffère de ses cousins les plus proches, les grands singes. On ne peut donc pas faire des conclusions aussi simplistes que: “puisque c’est son cousin, il se comporte de la même manière”.

Qu’est-ce qu’un chien dominant? (problèmes sur la définition du terme)

Dans le milieu de l’éducation canine, le mot “dominance” peut générer à lui seul des débats très houleux. D’une part parce qu’il se rapporte à une théorie erronée sur l’organisation sociale des groupes canins. Mais aussi, parce que le mot est généralement mal défini par ceux qui l’utilisent dans le contexte des relations sociales du chien. Cela pose problème pour plusieurs raisons:

– On ne décrit pas ce qu’il se passe réellement. Par exemple, “le chien est dominant avec ses congénères” ne nous donne aucune indication de ce que fait le chien. Est-il aggressif? A-t-il déjà attaqué? Ou bien ne sait-il pas s’arrêter de jouer? Peut-être est-il simplement brusque? Chaque réponse apportera une compréhension différente du chien et de ses comportements.

– Le caractère ou tempérament d’un chien ne peut pas être défini par un seul trait. Le fait de décrire le caractère entier d’un chien avec un terme qui caractérise ses relations sociales pose problème.

Nous ne pouvons pas catégoriser toutes les relations d’un individu de la même manière. Prenons un exemple avec les relations humaines: j’ordonne à mon enfant de ranger sa chambre, il capitule (généralement), on pourrait dire que je suis le dominant. Quand je suis au bureau et que mon chef me demande de finir une tache rapidement, je me soumet en exécutant sa demande. La dominance est contextuelle. L’individu A peut se soumettre à l’individu B mais pas à l’individu C. On ne peut donc pas le décrire comme étant un individu “dominant”, mais une hierarchie existe dans certaines de ses relations et elle vise généralement à éviter les conflits – ou maintenir un équilibre.


Pour le bien-être des chiens et de leurs compagnons humains, ces méthodes doivent êtres proscrites. Il existe d’autres méthodes d’éducation qui sont bien plus amusantes et motivantes pour le chien, qui peuvent améliorer le lien entre lui et son maître, et qui donnent des résultats fantastiques. On peut apprendre avec son chien sans imposer un rapport de force, pour créer un lien unique et respectueux des besoins de chacun.

Lecture conseillée:
Barry Eaton. Dominance, mythe ou réalité (traduit de l’anglais). Les éditions du Génie canin

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