LA PEUR CHEZ LE CHIEN (1/5)


Actualités scientifiques, Comportement / dimanche, septembre 13th, 2020

Génétique et les expériences prénatales

Cet article est le premier d’une série sur la peur. C’est une émotion qui peut grandement impacter le bien-être de nos chiens et devant laquelle nous sommes sont souvent désemparés. Bien que c’est un sujet complexe, je vais vous expliquer ses probables origines, ses mécanismes, quelle est sa fonction et comment elle se développe (ex: comment un chien peut devenir phobique). Mon dernier article vous apportera des conseils, sur ce qu’on peut faire et ce qu’on ne doit pas faire. Commençons par les “origines” de la peur.

Génétique

La génétique joue un rôle important dans les manifestations de peur. Vous le savez sûrement ; chaque individu, humain ou animal, a un code génétique unique. Les gènes, dont certains sont transmissibles, contribuent au phénotype (tout ce qui est observable chez l’individu): comme la morphologie et les comportements. Pour ces derniers, on parle souvent de personnalité – la tendance à exprimer certains types de comportements.

Le continuum timidité-audace est souvent mentionné dans la recherche sur la personnalité, notamment chez les animaux. Ce serait l’un des traits de personnalité les plus transmissibles d’une génération à l’autre. Les individus “timides” sont méfiants et dans l’évitement, alors que les individus “audacieux” ont plus de comportements d’exploration et prennent des risques. Ce sont des comportements faciles à observer, même à un très jeune âge. Et dans de nombreux cas, ils sont toujours présents à l’âge adulte. Ce qui veut dire qu’un chiot “timide”risque fortement de l’être à l’âge adulte.

Plusieurs études ont montré que des variations dans certains gènes sont liées à des traits anxieux. La peur est donc certainement transmissible par les gènes. C’est ce qu’on appelle l’inné et vous verrez qu’il n’est pas le seul à jouer un rôle dans le développement de certains traits comportementaux. Il forme simplement une base.
C’est comparable à certaines maladies à prédisposition génétique, dont l’évolution est influencée par les expériences, comme le diabète et l’alimentation.

Expériences prénatales

L’expérience forge également certains comportements et certains traits de personnalité. Jusqu’à récemment, nous nous sommes principalement focalisés sur la génétique et les premières expériences après la naissance (notamment, la socialisation). Souvent dans l’optique de distinguer les influences de l’inné et celles de l’acquis (ce qui est appris, par l’expérience). Cependant, plusieurs études, menées principalement sur les humains, ont montré que les expériences in-utero étaient tout aussi importantes.

Par exemple, ce que vit la mère aura une influence sur le développement comportemental des petits. Une mère très anxieuse ou peureuse, expose ses petits à de grands risques d’être anxieux ou peureux, eux aussi. Une hypothèse est que l’hormone du stress cortisol produite par la mère, diminue le nombre de cellules receptrices du cortisol chez le chiot. Avec moins de récepteurs, le cerveau se met donc rapidement en alerte et transforme directement les émotions en panique. Même lorsqu’une situation n’est pas extrêmement stressante.

Mais cela peut varier d’un individu à l’autre. Nous savons par exemple qu’il y a des différences dans l’apport de nutriments, qui influencent la santé des individus d’une même portée. Il doit donc y avoir des effets similaires avec le transfert d’hormones. On sait par exemple que les vrais jumeaux (ADN identique), peuvent avoir des traits de personnalité très différents, parfois chacun à l’opposé d’un continuum comme la timidité et l’audace. On peut rapidement voir ces différences après la naissance. Ce qui suggère que les expériences prénatales ont une influence significative.

On sait également que le transfert d’hormones telles que la testostérone se produit entre les fœtus. La testostérone produite par un mâle en développement peut être transférée vers les fœtus qui se trouvent à côté. Ce phénomène, appelé le transfert prénatal de testostérone a pour conséquence, la masculinisation du comportement et de la morphologie de certaines femelles. C’est très souvent le cas lorsqu’il y a beaucoup de mâles dans une portée. De plus, certains scientifiques émettent l’hypothèse que ce transfert de testostérone peut également causer une masculinisation “exagérée” chez les mâles.

Reconnaitre ces influences …

Entre la génétique et les expériences prénatales, on peut déjà comprendre les différences de tempéraments et comportements qui apparaissent chez les chiots d’une même portée. Certains sont très explorateurs alors que d’autres sont plus en retrait. Cela explique aussi que les chiots d’une même fratrie, qui ont grandi dans le même environnement, peuvent avoir des comportements très différents. Certains se montreront plus craintifs que d’autres, alors qu’ils ont été exposés au même environnement, aux mêmes stimuli. Et cela peut aussi se produire alors qu’ils ont eu une excellente socialisation (bien que cela contre-balance généralement bien une timidité/crainte innée). L’expérience peut donc clairement ‘moduler’ ce qui est de l’ordre de l’inné ; le faire ressortir ou le contrer.

On sait que la socialisation, un environnement stimulant et une exposition à divers types de stimuli, contribuent à un bon éveil et influencent positivement le développement comportemental. Cela dit, des expériences et des environnements similaires seront vécus différemment, selon les individus et en fonction de leurs prédispositions.

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