LA PEUR CHEZ LE CHIEN (2/5)


Actualités scientifiques, Comportement / dimanche, septembre 13th, 2020

Fonctions de la peur et manifestations comportementales

La peur est une émotion relativement basique (primaire), qui a des fonctions adaptatives et défensives. Ce qui veut dire qu’elle permet de s’adapter aux changements environnementaux et augmente les chances de survie.

Les différentes stratégies de gestion

La fonction majeure de la peur est de permettre à un individu (animal humain ou non-humain) d’agir de manière appropriée face à un danger, une menace ou un conflit.

Les réponses fuite-combat sont des stratégies de gestion actives; l’individu fuit ou combat la menace. Elles sont associées à l’activation du système nerveux sympathique, pour nous préparer à l’action. Des changements physiologiques, comme l’hypertension ou la tachycardie, nous préparent à une activité physique intense pour agir face à cette peur. La peur génère aussi parfois des stratégies de gestion dites passives, qui consistent à ne plus rien faire et induisent un ralentissement général des fonctions de l’organisme (ex: hypotension, bradycardie).

➡️ Gestion active (fuite-combat)

Les stratégies de gestion actives sont généralement déclenchées lorsqu’il y a une menace proche. La fuite est activée lorsque la menace parait impossible à vaincre, mais qu’une échappatoire semble possible. En revanche, un individu peut combattre s’il estime qu’il peut prendre le dessus sur ce qui le menace.

Un chien peut attaquer lorsqu’il a peur, s’il estime qu’il peut faire fuir ce qui le menace. Je crois qu’il est essentiel de comprendre que l’agression canine est bien souvent motivée par la peur. Nous sommes tellement intolérants face à ces comportements que nous ne cherchons pas toujours à les comprendre – c’est d’ailleurs pour cela que beaucoup de chiens mordeurs sont euthanasiés. C’est encore plus dramatique quand on pense qu’ils ont possiblement mordu par peur et qu’ils voulaient faire cesser une situation menaçante (que la menace fut réelle ou non, c’est ce que le chien a perçu).

➡️ Gestion passive (inhibition)

Les stratégies de gestion passives peuvent être des réponses à des stimuli distants qui sont conditionnées; les stimuli (sons, odeurs, réactions d’autres animaux) prédisent un danger connu/appris. Par exemple, un animal qui sait qu’un prédateur est encore très distant peut se figer en attendant de recevoir plus d’informations sur le danger auquel il fait face. On peut dire que d’une certaine manière, il a appris à ne pas utiliser son énergie tant qu’il ne fait pas face à un danger immédiat. Et si le danger s’approche et qu’il devient plus menaçant, les stratégies de gestion actives sont déclenchées.

Cela dit, on considère depuis peu que ces réactions ne sont pas totalement passives, elles sont plutôt un entre-deux (passif-actif). Comme une pause automatique de l’organisme, pour préparer l’individu à adopter une réaction plus appropriée. Ces réactions peuvent donc être générées lorsqu’un individu n’a aucune chance de vaincre ou échapper à une menace proche/directe.

Généralement, le corps se met en veille, au point de ralentir significativement le rythme cardiaque et la respiration. Il peut même réduire les douleurs (utile lorsque l’individu est blessé ou entre les dents d’un prédateur). Ces réponses sont donc associées à un état d’immobilité attentive, qui améliore la perception, qui permet souvent d’éviter d’être détecté ou qui réduit la vigilance du prédateur.

Ce n’est pas une stratégie qui est volontairement passive, mais le corps est en alerte critique, ce qui finit par le mettre temporairement en veille, pour permettre à l’individu de retrouver sa perception et agir autrement. Dans bien des cas, pour pouvoir déclencher une réponse active au moment opportun. Vous avez certainement vu des vidéos d’un animal cerné par des prédateurs, qui tombe au sol, comme mort, et se relève quelques minutes plus tard pour fuir. Il a saisi le bon moment, mais ça n’exclut pas qu’il a certainement eu beaucoup de chance.

Contexte, individu, espèce, expérience…

Ces stratégies ont donc des fonctions différentes, qui sont modulées par une probabilité de succès. L’activation de l’une de ces stratégies n’est pas uniquement liée au contexte. Cela peut varier aussi selon les individus, et même, les espèces. Pensez aux petits oiseaux (passereaux), ils sont en constante vigilance et ont des réflexes de fuite (envol) extrêmement vifs. Vous verrez plus rarement un oiseau se figer, comparé à un hérisson ou un caméléon.

Les chiens peuvent utiliser toutes ces stratégies, selon les contextes. On peut également observer qu’elles sont renforcées par l’expérience. Les réflexes de fuite sont souvent très forts chez les chiens libres (chiens des rues, comme les roumains), qui peuvent fuir très rapidement, au moindre changement dans l’environnement. Le combat (qu’on peut caractériser par des comportements offensifs) est certainement plus fréquent chez les chiens qui ont eu des réactions de peur lorsqu’ils étaient restreints (ex: en laisse ou coincé dans une pièce). Et les stratégies passives, dont l’immobilité, sont très similaires au phénomène qu’on appelle la détresse acquise. Bien que la science a tendance à les dissocier à cause de leurs différents mécanismes. La détresse acquise est plutôt considérée comme une forme de dépression et non une “réaction”. Cela dit, l’immobilité est similaire dans le sens où l’individu a appris qu’il n’y a pas d’autres moyens d’agir. Jusqu’à ce que …. ?

Dans la même situation, un individu peut réagir activement, alors qu’un autre va réagir de manière plus passive. On verra dans le prochain article que ces différences sont aussi influencées par les circuits neuroendocriniens, qui produisent différentes vulnérabilités au stress. En plus de ça, nous avons vu précédemment que la génétique influence aussi ces différentes vulnérabilités.

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