LA PEUR CHEZ LE CHIEN (3/5)


Actualités scientifiques, Comportement / mercredi, novembre 4th, 2020

Article 3: Mécanismes neuro-physiologiques de la peur

Dans un précédent article, je vous expliquais que la peur a souvent une origine liée à la génétique et aux expériences in-utero. J’ai également survolé la composante physiologique. La peur est caractérisée par une augmentation de l’excitation, une activation neurologique, endocrinienne (hormones) et de comportements spécifiques. D’ailleurs, on dit souvent que les émotions sont vécues/ressenties sur trois niveaux interdépendants: psychologique, (neuro)physiologique et comportemental. Intéressons-nous un peu à cette neuro-physiologie.

Neuro-physiologie de la peur

Lorsque le cerveau détecte une menace ou un stress dans l’environnement, le système de réponse au stress se met en action. C’est l’axe hypothalamus-hypophyso-surrénalien (axe HPA), un système “messager” du cerveau. Il signale aux organes qu’il faut se mettre en action – ou en mode survie.

Lorsque le cerveau detecte un stress, il envoie un message à une partie du cerveau appelée l’hypothalamus. Ce dernier “réveille” l’hypophyse, une glande endocrine qui sécrète de nombreuses hormones. Ces hormones envoient des messages dans le corps. Notamment, dans les glandes surrénales, qui sécrètent le cortisol – l’hormone du stress, qui prépare à l’action. Le cortisol aide le cerveau, envoie de l’énergie dans les muscles les plus utiles, augmente le rythme cardiaque et la respiration. Tout cela aide le corps à réagir face au danger, comme je vous l’ai expliqué dans mon précédent article.

L’amygdale joue un rôle important dans notre capacité à percevoir et ressentir les émotions, notamment les plus primitives, comme la peur. Cette zone du cerveau signale le stress rencontré à d’autres parties du cerveau et active l’axe HPA. Lors d’un stress continu, l’amygdale connaît de forts dysfonctionnements, qui peuvent augmenter l’anxiété, l’hypervigilance et l’irritabilité. Elle est très connectée au cortex préfrontal, qui contrôle les pensées, actions et la capacité d’adaptation.

Ce dernier est en charge de contrôler nos réponses à un stress. Par exemple, il va réduire la production de cortisol (hormone du stress) dans l’axe HPA. Ce qui nous permet de nous calmer après un évènement très stressant ou quand un évènement stressant n’est pas menaçant. Plusieurs études d’imagerie cérébrale ont prouvé que le stress chronique ou intense, cause une altération du cortex préfrontal, qui peut diminuer les capacités de réflexion, de prise de décision et l’esprit d’initiative, dues à une diminution de la substance grise (contenant les corps des neurones).

C’est important de comprendre ce que peut engendrer le stress causé par la peur. Le plus un chien vivra d’épisodes de stress/peur, le plus l’impact sur le cerveau, les humeurs, les capacités cognitives et les émotions seront importantes. En fait, la peur mobilise une grande partie de l’énergie du cerveau. Si bien qu’elle peut initialement causer une forme de paralysie (il est impossible d’utiliser certains de nos muscles) et elle peut même atténuer des douleurs présentes avant l’épisode de peur. Toute l’attention et l’énergie de l’individu sont focalisées sur la situation. C’est pour cela que la majorité du temps, les chiens qui ressentent de la peur refusent de prendre des friandises et qu’aucun apprentissage n’est possible.

Neurotransmission

Toutes ces fonctions sont essentielles à la survie, parce qu’elles nous permettent de distinguer des menaces plus ou moins importantes. Elles sont dépendantes de certaines molécules qui facilitent la neurotransmission. C’est là que parfois, des interventions pharmacologiques peuvent nettement améliorer la capacité de gestion de la peur d’un animal, ainsi que ses capacités cognitives, d’adaptation et son bien-être en général.

Par exemple, certains neurotransmetteurs, comme la sérotonine, jouent un role important dans la régulation des émotions. Comment cela fonctionne-t-il exactement? Il y a encore pas mal de zones d’ombres bien qu’on en apprend un peu plus au fil des recherches. Mais on sait qu’une partie du cortex préfrontal (contrôle des pensées et actions) contient un nombre et ratio de récepteurs de sérotonine directement associés à l’activité de l’amygdale (qui régule et produit les états émotionnels comme la peur). Certains medicaments vont en quelque sorte booster l’apport de sérotonine dans le cerveau, et donc, améliorer la capacité de gestion de certaines émotions, comme la peur ou l’anxiété.

La peur est souvent traitée sur le plan comportemental uniquement, ce qui est problématique dans le cas de peurs très sévères, pour lesquelles la thérapie comportementale seule est rarement efficace. Quand l’animal se sensibilise très vite, qu’il panique même face a des déclencheurs de faible intensité ou dans des situations qui ne sont pas menaçantes, qu’il est constamment stressé ou anxieux, il faut parfois prendre en compte ce qu’il se passe d’un point de vue (neuro)physiologique afin de réduire ces réactions – avant même de pouvoir travailler en situation. Bien-sûr, le mieux est d’en discuter avec un vétérinaire comportementaliste qui connaît bien ces troubles et qui pourra identifier les molécules nécessaires à une amélioration de la gestion émotionnelle de l’animal.

 

References:

Dans le prochain article, je vous expliquerai comment distinguer la peur, de l’anxiété et de la phobie.

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