Jalousie, les chien peuvent-ils la ressentir ?


Actualités scientifiques, Comportement / dimanche, septembre 2nd, 2018

La jalousie est une émotion que nous avons tous ressentie à un moment de notre vie. C’est une émotion qui peut avoir des conséquences dramatiques : elle est d’ailleurs dans le top 3 des raisons conduisant à l’homicide ! Certains comportements chez le chien laissent à penser qu’ils ressentent également cette émotion. C’est un concept qui génère beaucoup de débats dans lesquels on entend souvent : “c’est de l’anthropomorphisme”, “la jalousie n’existe pas chez le chien” et “c’est juste de la protection de ressources”.

 

Qu’est-ce que la jalousie et comment fonctionne t’elle ? 


La plupart des théories s’accordent généralement sur une définition : c’est une réponse affective et comportementale à une situation réelle ou imaginée dans laquelle une possession de grande valeur (une relation sociale) est menacée ou dérobée. Elle est un cocktail d’émotions (peur, colère, tristesse, dégoût…) et peut être ressentie de manière différente selon les individus, mais elle apparaît toujours dans le contexte d’une triade (trois personnes). La jalousie est parfois confondue avec l’envie, qui peut être décrite comme un ressentiment face au bonheur ou aux possessions d’autrui.


La jalousie a donc, comme la plupart des émotions, une fonction adaptative qui permet de protéger nos relations sociales et ce qu’elles nous apportent. Par exemple, un homme amoureux peut être jaloux d’un individu qui discute avec sa femme – sa relation est menacée par cet individu, il peut imaginer plusieurs scénarios: l’autre homme séduit sa femme, la femme le quitte pour cet homme… etc. Cela peut le motiver à interrompre la conversation pour préserver sa relation d’une potentielle menace. Si cet homme ne ressentait pas de jalousie, il ne verrait pas la menace (réelle ou non), mais si cette menace était en fait réelle, son manque de réactivité pourrait avoir des conséquences néfastes pour lui.

 

Les chiens ressentent-ils de la jalousie ?

On considère généralement que seuls les humains peuvent ressentir de la jalousie, car il faut pouvoir analyser les intentions d’autrui et anticiper (imaginer) les conséquences négatives qui pourraient se produire, sans forcément d’apprentissage au préalable. L’étude de la cognition animale nous indique que les animaux, chiens inclus, ne sont pas capables de telles réflexions.

Pourtant, Charles Darwin lui-même avait suggéré que la jalousie pouvait exister chez les animaux sociaux, comme le chien. Ce dernier est capable de nouer des relations très fortes avec d’autres individus de son espèce ou d’une autre. Pourquoi n’aurait-il pas lui aussi développé une émotion dont la fonction serait de les préserver ? Comme la peur qui stimule des comportements permettant d’améliorer les chances de survie devant un danger, la jalousie stimulerait des comportements permettant de protéger ce qui a une grande valeur pour le chien : ses relations sociales. Cependant, comment ce mécanisme est-il possible si le chien n’a pas les capacités cognitives nécessaires pour analyser et anticiper les conséquences ?

 

Différentes formes de jalousie

La réponse vient d’études scientifiques récentes. Il semblerait que nos compagnons soient dotés d’une forme de jalousie simple, similaire à celle des jeunes enfants. Ces derniers, comme les chiens, n’ont pas la capacité d’anticiper des évènements qu’ils n’ont pas vécu, mais ils peuvent ressentir de la jalousie lorsque l’attention d’une figure d’attachement est ‘capturée’ par quelqu’un ou quelque chose. Cette jalousie simple formerait une base sur laquelle se développe une jalousie plus complexe, ressentie par des individus aux capacités cognitives plus développées. Cela pourrait expliquer pourquoi les chiens ont des comportements qui semblent exprimer de la jalousie, notamment lorsqu’ils cherchent à faire fuir ce qui menace ponctuellement leur relation avec une personne ou un objet.


L’une de ces études à montré que les chiens avaient des réactions plus intenses lorsqu’une figure d’attachement (leur gardien) portait son attention de manière prononcée sur un chien factice (une peluche qui remue la queue et aboie). Si vous vous demandez si les chiens étudiés pensaient que le chien factice était un vrai chien, il semble que oui : 86% ont reniflé la zone anale de la peluche et plusieurs chiens ont tenté de l’attaquer. Pour ces derniers, il est clair qu’ils percevaient ce (faux) chien comme un rival. Bien que cette étude ouvre de nouvelles perspectives sur les comportements canins dans les situations impliquant une triade et une possible jalousie, plus d’études doivent être menées pour avoir une meilleure compréhension des mécanismes sous-jacents, notamment au niveau cognitif.

 

Si elle existe, comment s’est-elle développée ?

Si cette émotion existe chez certains animaux, elle doit pouvoir améliorer la survie ou la qualité de vie de l’espèce. Il y a plusieurs théories qui pourraient expliquer comment s’est développé la jalousie chez les espèces sociales comme le chien domestique. La première nous explique que la jalousie pourrait être utile chez les espèces qui ont de nombreux petits. Dans une portée, la jalousie permettrait à un petit d’interrompre une interaction entre sa mère et un autre petit, afin de lui aussi recevoir de l’attention, de la nourriture ou des soins. Si cette théorie est vraie, on peut facilement imaginer que la jalousie pousserait un chien adulte à interrompre une interaction entre une figure d’attachement et un autre individu pour lui aussi recevoir de l’affection, de la nourriture et de l’attention.
Selon une autre théorie, la jalousie sert à protéger des relations entre deux êtres qui forment un couple pour se reproduire. Un peu comme l’exemple utilisé plus haut avec un couple d’humains. Elle existerait donc chez les espèces qui forment des couples, temporaires ou durables. La jalousie pourrait aussi servir aux animaux qui coopèrent pour la survie; la menace des rivaux motiverait certains comportements utiles à la survie.

 

Références:
Abdai, J., Baño Terencio, C., Pérez Fraga, P, Miklósi, Á. (2018) Investigating jealous behaviour in dogs. Scientific Reports, 8: 8911.
Yong. J.C., Li, N.P. (2018) The adaptative functions of jealousy. The function of emotion, pp 121-140.
Harris, C.R., Prouvost, C. (2014) Jealousy in dogs. PLOS One

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