Le temps, la relation homme-chien et l’éducation canine


Blog, Conseils pratiques / mercredi, janvier 16th, 2019

Quand on me demande quelles sont les plus grosses difficultés dans l’éducation canine, celle qui ressort très souvent est : le temps. Je ne parle pas du challenge technique qu’est le ‘timing’ (le moment où on renforce un comportement), même s’il est difficile à maîtriser, mais du temps nécéssaire à instaurer des changements durables. Beaucoup de gardiens de chiens pensent qu’un bon éducateur peut miraculeusement transformer leur chien en une séance. Comme des magiciens ou des hypnotiseurs. En réalité, il est quasi impossible d’effectuer des changements en si peu de temps.

Des attentes forgées par la télé

Contrairement à l’idée que transmettent les émissions télé sur l’éducation canine (et certains éducateurs à travers leurs vidéos), il est très rare d’avoir les résultats attendus immédiatement. Dans ces émissions, on voit souvent un éducateur se déplacer chez un client, il passe 5 minutes avec le chien, trouve une solution sans trop avoir l’air d’y réfléchir, et quelques heures plus tard (c’est ce que le montage nous laisse penser), le chien se comporte exactement comme le voulait son gardien. Miracle ! Il ne saute plus sur les gens, il marche calmement en laisse, même quand des chiens aboient derrière une cloture.

Tout ça donne l’impression au spectateur que l’éducateur est une sorte de magicien, qui en une séance, offre au chien la ‘vertu’ de l’obéissance. C’est avant tout du divertissement; les images sont montées pour tenir les spéctateurs en haleine. Même si certaines techniques sont bonnes, en réalité, elles sont rarement aussi efficaces en si peu de temps. SAUF, quand l’éducateur utilise la punition, qui inhibe le comportement du chien avec des stimulations déplaisantes (colliers à piques, éléctriques, violence), sans forcément lui apprendre autre chose. La punition peut créer de gros conflits émotionnels et relationnels. Aux fans de Cesar Millan : pendre (oui, pendre!) un chien sur le bout de sa laisse pour qu’il arrête de tirer, c’est lui montrer qu’on est violent, menaçant, imprévisible et c’est appeler à la morsure (tôt ou tard). Ces méthodes détruisent le lien qu’ont le gardien et son chien, elles détruisent la confiance du chien, et elles installent un climat de peur et d’anxiété, terreau de troubles comportementaux bien plus problématiques (ex: l’agression). Apprendre au chien à ne pas tirer en lui apprenant un comportement alternatif, c’est plus long, mais tellement plus respectueux, ludique et agréable!

La pression des éducateurs canins

Malheureusement, nous, éducateurs canin du vrai monde, nous subissons une forte pression à cause de ces émissions, qui donnent l’impression que l’éducation canine est très facile. C’est faux! Elle est très technique, demande de très bonnes connaissances (personnellement, je pense que l’expérience seule ne suffit pas), et elle demande surtout beaucoup d’investissement temporel.

Ramener nos clients à la réalité n’est pas chose facile, car beaucoup s’attendent à des solutions miracles – à ce que nous transformions leur chien en une séance. Ils pensent également que nous allons prendre leur chien en main, et le changer en plusieurs tours de force. C’est une idée reçue, un éducateur canin manipule peu les chiens de ses clients. Son rôle est de guider, transmettre son savoir, et se baser sur son expérience pour donner les meilleurs conseils à ses clients. Ce sont les gardiens qui doivent faire le travail, et l’intégrer à leur quotidien sans avoir besoin de la présence de l’éducateur. Tout cela prend du temps.

Le temps est un précieux allié

Une éducation réussie passe par de nombreuses choses, comme une relation harmonieuse dans laquelle chacun s’épanouit, en confiance. Le temps, lui, est le pilier de toutes réussites. Vous venez d’accueillir un chien, vous commencez l’éducation, vous voulez éliminer un comportement problématique, ne perdez pas patience, et pensez qu’il faut du temps pour :

⇒ Comprendre une autre espèce et un animal en particulier,
⇒ Comprendre la vitesse d’apprentissage des uns et des autres, car ça, on ne peut pas l’accélérer en claquant des doigts, ni en appliquant la même chose pour chaque individu,
⇒ Développer et renforcer la confiance de l’autre,
⇒ Comprendre comment travailler ensemble en prenant du plaisir,
⇒ Développer des compétences techniques (oui, l’éducation canine est très technique) et comprendre les mécanismes d’apprentissage,
⇒ Établir une communication claire dans un duo (homme-chien ou chien-chien); chaque duo à une communication spécifique,
⇒ Pratiquer, pratiquer, pratiquer, car un maximum de répétitions = un comportement qui est bien acquis, qui devient presque naturel, ne nécessite plus de leurre ou de récompenses, est intégré au quotidien,
⇒ Changer un état émotionnel, car un chien qui va mal, qui a peur, qui est angoissé, n’ira pas mieux en 2 heures,
⇒ S’adapter à un environnement de vie, à de nouvelles personnes, à des changements.

Un dernier rappel : les éducateurs sont des spécialistes, qui peuvent vous transmettre leur savoir, vous guider, vous montrer, vous expliquer les mécanismes d’apprentissages. Mais ils ne peuvent pas éduquer votre chien à votre place. Votre réussite peut dépendre de leurs connaissances et de ce qu’ils vous transmettent, mais elle dépend aussi de votre volonté, votre motivation, votre patience et votre écoute.

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