OLAF, LE CHIOT QUI AVAIT PEUR


Développement du chiot, Education canine, Thérapies comportementales / dimanche, mars 28th, 2021
 
C’est une histoire malheureusement banale…

Olaf est un chiot LOF d’une race très populaire. Julien admire beaucoup cette race; il réfléchit longuement, se renseigne et contacte un élevage qui lui semble très bien. Le prix élevé, la liste d’attente et les trophées des parents, sont pour Julien, des gages de qualité. Il se dit qu’il fait bien d’y mettre le prix, car il aura un super chien.

 
Le jour J, Julien fait trois heures de route pour aller chercher Olaf dans son élevage. Sur place, on lui dit que les parents sont partis en concours – il ne les verra pas. Il rencontre Olaf dans une cabane de jardin aménagée en maternité. Elle est entourée d’un grand grillage extérieur pour que les petits puissent sortir en toute sécurité. Olaf a grandi dans un environnement calme à la campagne et Julien trouve ça bien.
 
Olaf est très timide, il ne s’approche pas trop. D’ailleurs, ses frères et soeurs non plus. Julien se dit que c’est normal, ce sont des bébés et ils sont impressionnés.
 
À la maison, Olaf se montre moins timide. Il suit Julien partout et accepte volontiers les caresses. Cependant, il a peur de beaucoup de choses. Lorsque Julien tente de lui mettre un petit collier autour du cou, pour qu’il porte une médaille d’identification, Olaf semble paniqué. La laisse et la brosse lui font le même effet. Julien se dit que c’est normal, il lui faut du temps pour s’y faire. Le vétérinaire lui a recommandé d’attendre d’avoir fait tous les vaccins avant de le promener; cela lui laisse quelques semaines pour l’habituer à la laisse. Pour les autres peurs, Julien se dit que ça passera avec le temps.
 
À 5 mois, Olaf se montre de plus en plus peureux. Julien s’inquiète, car il commence à grogner et aboyer contre les personnes qu’il ne connaît pas. Après les vaccins, Julien commence les sorties, mais Olaf ne veut pas avancer. À chaque fois qu’il sort de la maison, il se fige, tremble ou tente de fuir. Julien essaye de le faire avancer avec douceur ; il le porte, lui propose des friandises, il l’attache à une longe et l’appelle à distance. Il fini par le forcer à avancer en le tirant. Cependant, Olaf ne semble pas apprécier les balades. Julien se dit qu’Olaf va peut-être s’y habituer et prendre confiance, mais il a tort.
 
Après quelques semaines, les balades sont un enfer. Olaf avance, mais il aboit sur les voitures, les passants, les enfants, les scooters, les cyclistes… Julien a parfois du mal à le tenir, alors il décide de faire appel à un éducateur canin. Après quelques recherches sur internet, il trouve un professionnel qui lui semble bien; ce dernier a un certificat de capacité, alors, Julien se dit qu’il doit être compétent.
 
D’après l’éducateur, Olaf se prend pour le chef de meute et il ne respecte pas Julien. Il place un collier à chaîne sur Olaf et fait ce qu’il appelle une ‘saccade’, en tirant de manière brutale sur la laisse dès qu’Olaf aboie ou s’approche de quelqu’un. Julien n’aime pas trop ces méthodes, il se demande si le collier fait mal à Olaf. L’éducateur le rassure en lui disant que les chiens ne ressentent pas la douleur comme les humains. Il lui explique qu’il en voit beaucoup des chiens comme Olaf: “en quelques séances, le problème sera reglé”. N’ayant pas d’autre option, Julien décide de faire confiance à l’éducateur. Après tout, “c’est son métier”.
 
Ils emmènent donc Olaf dans le centre-ville, au marché, près d’une école à l’heure de la récré, devant une station de métro, et ils font des ‘saccades’ à chaque fois qu’il bouge en direction de quelqu’un ou quelque chose. À la maison, Olaf n’a plus le droit de dormir sur le canapé et Julien a reçu l’ordre de l’ignorer. Il doit uniquement lui donner de l’attention à l’extérieur quand il se comporte bien. Les séances passent, les ‘saccades’ continuent et Olaf ne réagit plus trop. Julien se dit que c’est efficace, l’éducateur avait raison.
 
Jusqu’à ce que…
Un jour, lors d’une balade en centre-ville, Olaf se jette sur un enfant et arrache un morceau de son manteau. Julien ne l’a pas vu venir, il est désemparé. Quelques jours plus tard, Olaf aboie sur une personne devant une boulangerie et tente de la mordre. Heureusement, Julien l’a retenu; il a évité une morsure. La troisième tentative fait une victime. Olaf tente de mordre un enfant qui passe à côté de lui sur une trotinette. Julien le retient, mais Olaf se retourne contre lui pour le mordre à la cuisse.
 
C’est à ce moment là que Julien m’a appelé. J’ai pu lui expliquer que son chien agissait par peur, depuis le début. L’éducateur, lui, n’a jamais prononcé ce mot, ni le mot ‘émotion’ et il n’a jamais mentionné de cause à part: “il se prend pour le chef de meute”. Tout ce que Julien a fait avec cet éducateur (qui apparemment se dit éducateur en positif !?) a profondément empiré le problème. Olaf est brisé, il n’a plus confiance en Julien et sa thérapie va être compliquée et longue.
 
Des histoires comme celle-ci, on en entend régulièrement quand on intervient pour des problèmes liés à la peur. Des histoires, qui impliquent bien souvent:
 
– La reproduction de parents peureux – non-confirmé dans le cas d’Olaf, mais très probable vu la timidité des chiots à l’élevage. Oui, la peur a une forte composante héritable, d’origine génétique.
 
Une mauvaise socialisation/familiarisation et le manque de stimulation à l’élevage, qui vient renforcer ce trait tempéramental. Un chiot devrait être habitué au collier, à la tension de la laisse, à la brosse et à tout un tas de stimuli de l’environnement familial AVANT d’arriver dans sa famille. Un chiot qui panique quand on lui met un collier, ce n’est pas très bon signe.
 
L’habituation à des stimuli non-sociaux, doit impliquer une exposition à des environnements variés, contenant différents types de stimuli, à un âge où le chiot ressent très peu de peur = AVANT ses 8 semaines ! Les expériences doivent être très agréables pour que l’animal considère les stimuli rencontrés comme non-menaçants. L’élevage joue un rôle crucial dans ce processus d’habituation. Une cabane de jardin et un bout de pelouse ne suffisent pas si l’environnement n’est pas enrichi ou qu’on ne place pas les chiots dans d’autres environnements.
 
– On estime que la période CRITIQUE de socialisation (et d’habituation), se termine aux alentours de 12 semaines – peut-être même avant. Après cela, le risque que le chiot se sensibilise à des stimuli inconnus augmente significativement. Attendre la fin de la vaccination pose donc problème; on a d’un côté un risque pour la santé de l’animal et d’un autre, un risque pour son futur équilibre psychologique. Il faut évaluer les risques selon l’environnement et trouver des stratégies de mitigation, afin de poursuivre le processus d’habituation du chiot. L’isoler est dangereux pour sa future santé mentale.
 
Olaf n’est pas le premier chien peureux qui a subi un éducateur qui n’a pas une seule fois prononcé le mot “peur” et qui a traité le problème comme un ‘simple’ problème d’obéissance. Traiter la peur est un processus complexe, qui demande un bon niveau d’expertise; de nombreux éducateurs ne sont pas formés pour ça. Par contre, ne pas savoir déceler la peur, c’est simplement le signe d’une grande incompétence et une très mauvaise connaissance du comportement canin. Un éducateur, même s’il n’est pas comportementaliste, devrait savoir reconnaître les signes de peur.
 
Le problème, c’est que pour exercer en tant qu’éducateur canin (ou comportementaliste), il suffit d’un simple certificat passé en répondant à un QCM contenant une majorité de questions qui ne sont pas en rapport avec le comportement canin. Ce certificat de “capacité” est hyper trompeur pour les non-professionnels.
 
Les “éducateurs” comme celui qu’a subi Olaf doivent être stoppés. Leur méconnaissance de la psychologie canine et de l’éthologie canine cause énormément de tort aux animaux et à leurs gardiens. Des chiens comme Olaf, détruits par un éducateur aux méthodes barbares, il y en a encore beaucoup trop!
 
 
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