QUAND IL FAUT RÉDUIRE/STOPPER LES PROMENADES


Emotions, Éthologie canine, Thérapies comportementales / mardi, septembre 28th, 2021
 
 
La promenade est une activité qui répond à beaucoup des besoins mentaux et physiques du chien. Leur qualité, plus que leur fréquence ou durée, influence le bien-être d’un animal. C’est pour cette raison qu’on conseille généralement de les sortir très régulièrement, de les laisser sentir quand ils en expriment l’envie, de leur proposer des rencontres avec leurs congénères, d’utiliser un matériel confortable, de privilégier les environnements naturels… et j’en passe. Ce sont de très bons conseils, mais il peut y avoir des moments où un chien a besoin de faire une pause.
 
Dans ce cas, il peut arriver que l’on conseille de réduire la durée et/ou la fréquence des sorties, de rester à la maison quelques jours, voir, quelques semaines. Quand on en vient à donner ces conseils, c’est qu’on constate que les balades causent beaucoup ‘trop’ de stress et cela peut avoir des conséquences néfastes pour le bien-être de l’animal. Voici en partie pourquoi.
 
 

La gestion du stress

 
Le stress est une réponse physiologique à certains agents stresseurs. Il est nécessaire à la survie et à l’adaptation, c’est pourquoi certains proposent de différencier le stress positif « eustress » qui permet d’améliorer les performances et le stress négatif « distress » qui met l’organisme en difficulté. Dans le cas du « distress » ce qui pose généralement problème, c’est quand l’individu ne peut pas exprimer des réponses adaptatives (ex : il est empêché par la laisse) et/ou les réponses ne conduisent pas au résultat souhaité. Pendant les promenades, il y a de nombreuses situations qui peuvent générer un stress négatif, particulièrement lorsqu’un animal ne trouve pas de stratégie efficace pour éviter des stresseurs auxquels il est fréquemment exposé.
 
Un événement stressant implique des changements physiologiques qui vont permettre à l’organisme de retrouver un état d’homéostasie. L’activation du système nerveux sympathique, ainsi que l’axe HHS (hypothalamo-pituitaire-adrénalien), jouent un rôle important dans ce processus. Ces changements impliquent notamment l’accélération ou le ralentissement des rythmes cardiaques et respiratoires, la contraction musculaire et la sécrétion d’hormones comme le cortisol. Ce sont des systèmes qui permettent de gérer efficacement un stress à court-terme – utile à la survie, face à un danger.
 
Certaines structures cérébrales peuvent être altérées par ces réponses répétées, et notamment, par un afflux excessif de glucocorticoïdes (dont le cortisol). L’axe HHS, essentiel dans la gestion du stress, peut se dérégler. Il faut noter que des récepteurs aux glucocorticoïdes sont situés dans l’hypothalamus et l’hippocampe. Ces récepteurs sont sensibles à la durée et la fréquence d’activation de ces hormones. Trop d’activation peut causer une altération de ces recepteurs ; ce qui peut avoir des conséquences néfastes sur l’équilibre psychologique, la gestion des humeurs, l’apprentissage et la mémoire. En limitant l’exposition aux stresseurs, l’organisme a plus de chance de restaurer l’homéostasie et on limite les conséquences cumulatives du stress. Parfois, une longue pause est nécessaire pour retrouver un équilibre.
 
Les réponses comportementales causées par un stress chronique sont généralement moins intenses que celles exprimées lors d’un stress aigu (une seule exposition). Elles semblent moins alarmantes pour les gardiens, même si elles sont aussi problématiques. On observe souvent une diminution des interactions avec les gardiens ou les congénères et plus d’agressivité. Dans certains cas, elle conduisent à ce qui s’apparente à un état ‘dépressif’ ; il y a une diminution du repertoire comportemental, les animaux sont moins actifs, moins explorateurs, moins joueurs, leur sommeil est modifié et ils perdent leur appétit. D’autres expriment des comportements anormaux, comme des activités de substitution mal adaptées (hors contexte) et répétitives. Il est important de noter qu’un stress chronique peut également entraîner des problèmes de santé.
 
 

Quels chiens sont concernés ?

 
Il n’est pas évident d’identifier un stress chronique. Très honnêtement, je crois que l’expérience nous aide beaucoup. Les signes ne sont pas forcément alarmants pour des personnes qui n’ont pas beaucoup d’éléments de comparaison. Généralement, le signe le plus flagrant est une augmentation de la fréquence et de l’intensité de comportements ‘réactifs’.
 

Il est nécessaire d’évaluer l’impact des promenades quand :

  •  L’animal se sensibilise à certains stimuli environnementaux ou certains contextes, et les stratégies de gestion en situation sont inefficaces.
  • Les déclencheurs sont inévitables et l’animal y est exposé à chaque balade.
  • Le chien exprime de plus en plus de comportements problématiques en promenade.
  • Il exprime de nombreux signes de stress, de peur et d’anxiété en promenade ou dans d’autres contextes.
  • Il développe des comportements problématiques liés à un état d’excitation important.
  • L’animal a grandi dans un environnement hypo-stimulant. Il peut manifester un trouble du traitement sensoriel ; il ne peut pas traiter trop d’informations d’un coup ou sur une période prolongée. Ces chiens peuvent être submergés par ce qui paraît anodin pour des chiens ‘bien éveillés’.
 
 

Comment évaluer l’impact des promenades ?

 
Il faut tout analyser ; les stimuli environnementaux, l’état émotionnel du gardien, les méthodes d’éducation, le matériel, ainsi que les caractéristiques de la promenade. Le minimum sera de tester les paramètres de fréquence et durée des promenades, pour voir si cela influence le comportement de l’animal. Si on ne peut pas améliorer la qualité des balades, il faut songer à la mise au vert, qu’elle soit intermittente (ex : un jour sur deux) ou longue (de quelques jours à quelques semaines). On propose d’autres activités durant cette période, afin de bien stimuler l’animal mentalement et physiquement. On peut pour cela penser à des activités d’enrichissement alimentaire.
 
Si vous avez un doute sur l’impact des promenades sur votre chien, contactez un professionnel compétent et expérimenté, qui pourra vous aider à récolter des données pertinentes afin d’analyser les différents facteurs. N’entreprenez rien sans de solides connaissances; l’analyse comportementale ne s’improvise pas.
 
 
REFERENCES:
Stress–its effects on health and behavior: a guide for practitioners:
De Kloet et al. (1998) brain corticosteroid receptor balance in health and disease: https://academic.oup.com/edrv/article/19/3/269/2530808
Beerda et al. (1997) Manifestations of chronic and acute stress in dogs: https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0168159196011318
 
ARTICLES SIMILAIRES:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *