ZOUBI, LE CHIEN DES RUES


Chiens des rues / jeudi, mai 6th, 2021

Il y a quelques jours, en lisant un article sur les comportements sociaux des chiens, ma mémoire a fait ressurgir l’image de Zoubi. J’ai repensé avec émotion à ce chien que j’ai observé pendant de très nombreuses heures et qui m’a tant appris. Beaucoup de souvenirs ont refait surface. Voici donc l’histoire* d’un chien des rues et ses semblables, dans un village du Nord de la Grèce. Quelques anecdotes pour ceux qui s’intéressent à la vie des chiens des rues. Et un petit hommage à un grand chien, Zoubi le guerrier.

*C’est l’histoire d’un chien, de la vie des chiens des rues d’un village; cet article n’est pas une généralisation de l’éthologie.


Je vous emmène dans le Nord de la Grèce…

La Macédoine, il y a plus de dix ans. Ce n’est pas la Grèce de carte postale avec ses maisons blanches aux volets bleus, non. La Macédoine Grecque est plus austère ; une région pauvre, un mix de montagnes et de plaines agricoles.

J’y ai vécu pendant deux années, entre 2008 et 2010. Je travaillais pour une association de protection des grands carnivores sur un projet de chiens de protection de troupeaux. Notre mission était de donner des chiens de protection aux bergers, dans le but de réduire le conflit homme-animal. En Grèce, il y a beaucoup d’ours et de loups, et les éleveurs ne sont pas indemnisés pour les pertes. Ils peuvent tuer en toute impunité les prédateurs qui s’approchent de leurs troupeaux. Les chiens de protection font un très bon boulot pour repousser les prédateurs et permettent de réduire significativement les attaques – des deux côtés.

Je vivais à Aetos, un village de 3000 habitants, niché dans les montagnes, près des frontières de l’Albanie et de la Macédoine. C’est une région où il y a beaucoup de chiens des rues dans les villes et villages – et une politique de gestion des populations inexistante.

Une rue du village d’Aetos, perché dans les montagnes du nord de la Grèce

Il y a aussi un grand nombre de chiens dans les décharges, à la sortie des villages ; mais ceux-là sont difficiles à observer. On voit aussi des chiens féraux dans les montagnes, qu’on confond souvent avec des loups au premier abord. Ces chiens fuient l’humain comme la peste et s’ils entrent dans le village, ce n’est que de nuit.

À l’époque, les chiens du village étaient plus d’une centaine. Ils n’étaient pas agressifs avec l’humain, mais ils étaient pour la plupart inapprochables. Il faut dire qu’ils n’avaient pas intérêt à se montrer agressifs, car ils auraient été chassés. Tout le monde cohabitait, sans trop interagir. Les chiens gardaient toujours minimum 2 mètres de distance avec les humains, mais il y avait souvent des groupes de chiens près des groupes de gens.

On trouvait généralement toujours les mêmes chiens aux mêmes endroits – et leur périmètre ne changeait pas. Il y avait les chiens du minimarket, les chiens de la boulangerie, les chiens de la ruine, les chiens de la maison jaune … C’était comme ça qu’on les appelait quand on en parlait. Les groupes comprenaient entre 2 et 10 chiens, mais leur composition changeait fréquemment. Les groupes les plus stables étaient les petits groupes ; souvent, une mère avec sa progéniture ou des frères. Cependant, il y avait aussi des individus plus solitaires, comme Zoubi.


Zoubi, le guerrier

Zoubi était un chien du village, que l’association avait sauvé alors qu’il avait la patte prise dans un fil barbelé. Il en a gardé des séquelles, puisqu’il n’avait plus l’usage de sa patte arrière droite. Il pouvait la soulever, mais il ne pouvait pas aisément s’appuyer dessus. Après ce sauvetage, il a élu domicile autour des bureaux de l’association. On avait fini par le nourrir, lui mettre un collier (pour identification et pour rassurer les visiteurs) et lui construire une sorte de niche, dont il ne se servait pas. Il allait plutôt dormir dans les buissons ou quelque part en hauteur.

Zoubi, sous un buisson devant les bureaux

Il prenait à cœur sa mission de « gardien » de nos bureaux – avec les motivations qui étaient les siennes. Je n’oublierai jamais le jour où il s’est fait attaquer très violemment par des chiens qui s’étaient approchés du centre. Ceux-là, je ne les connaissais pas. Certainement des chiens féraux ou des chiens de la décharge, mais ils n’étaient pas du village. Zoubi s’est battu corps et âme contre ce groupe de 4-5 chiens adultes, jusqu’à ce qu’on puisse intervenir. Dans d’autres circonstances, je l’ai vu repousser avec beaucoup d’assurance des groupes de chiens du village, malgré sa boiterie.

Zoubi n’aimait pas trop côtoyer ses congénères, mais on le voyait souvent en compagnie de chiots, qui trottinaient maladroitement derrière lui alors qu’il ne leur prêtait pas attention – ça nous faisait rire. Ça ne durait généralement pas plus que quelques jours. Les chiots disparaissaient comme ils venaient. Il faut dire que l’espérance de vie est très courte pour les chiens des rues. La très grande majorité des chiots que je voyais apparaître avec leurs mères quand ils sortaient de la cachette de mise bas, disparaissaient un à un et atteignaient rarement l’âge de 3 mois. Le très rude hiver balkanique diminuait drastiquement la population de chiens. Néanmoins, ceux qui atteignaient l’âge adulte pouvaient survivre plusieurs années.

À l’époque, nos connaissances tournaient autour de la dominance et la hiérarchie linéaire. On interprétait beaucoup des comportements qu’on observait en fonction de ces théories, même si on avait souvent l’impression que ce qu’on disait ne collait pas avec ce qu’on observait chez ces chiens. Je considérais Zoubi comme le super dominant du village, mais avec du recul, je crois qu’il était surtout téméraire et déterminé à survivre. On le surnommait d’ailleurs très affectueusement, Zoubi le guerrier.

Suite au prochain article…

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